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Travaux des étudiants 

PROPAGANDE ET ARCHITECTURE

L'affiche comme support de l'idéologie

Intensif

Licence 2/3, Master 1/2, intersemestre

Encadrants responsables

Can Onaner

avec Georgi Stanishev,

Mathilde Sari et Pascal Pinet

Contexte théorique de l’enseignement

« L’art devient politiquement efficace seulement quand il est créé en dehors du marché de l’art, dans le contexte de propagande politique directe. »
Boris Groys, Staline Œuvre d’art totale, 1982

 

Un siècle après la Révolution russe d’Octobre 1917, les questions autour des soulèvements insurrectionnels, occupant la place publique, et de leur expression politique et esthétique, semblent plus que jamais d’actualité. Or, depuis le début du Printemps arabe et de la vague actuelle de mouvements populaires de résistance et d’insoumission, un problème fondamental reste ouvert et irrésolu – celui des formes esthétiques engagées qui accompagnent ces événements. L’expression de cette contestation hétérogène et spontanée – les pancartes, les slogans, les photos et vidéos, les affiches, les installations, les performances, – réussit-elle à devenir une représentation idéologique cohérente : une propagande ? L’hypothèse qui anime cet enseignement est que la puissance et l’impact de la propagande, considérée sous l’angle d’un projet artistique, est nécessaire pour l’accomplissement de ces mouvements.

 

Les dernières biennales d’architecture de Venise ont montré des architectes enclins à endosser des postures engagées autour de questions sociétales, économiques et politiques. Face à ces revendications récentes, il est légitime de s’interroger sur la capacité de l’architecture à produire de nouvelles idéologies à travers ses productions écrites, ses écoles et ses lieux d’exposition, et à devenir outil engagé dans une prise de parole politique.
 

L’architecture, son iconographie et sa présence dans la ville, joue un rôle important en dévoilant une vérité de l’idéologie que le discours lui-même tend à oblitérer. Il suffirait d’observer l’architecture stalinienne à Moscou pour comprendre la vérité d’un régime se voulant égalitaire et populaire, ou de remarquer le désir d’un langage historiciste et identitaire chez Erdogan pour voir l’orientation de son projet politique. Qu’il s’agisse de l’instrumentalisation de formes historiques ou de l’invention de nouvelles conventions de représentation, le langage architectural sert inévitablement la propagande.

 

La question qui se pose est celle de la distinction possible entre la notion d’idéologie au sens large, impliquant de fait toute architecture, et la spécificité des formes de propagande politique. Par exemple, l’effet Bilbao ou les flagships de l’expansion capitaliste seraient les manifestations d’une idéologie dominante, mais pas pour autant des formes de propagande. La propagande au sens stricte serait plutôt l’émanation de toute forme d’idéologie politique explicite menant une lutte hégémonique, tandis que l’effet Bilbao est au contraire l’émanation fulgurante d’une idéologie diluée.

 

Est-il possible de réévaluer la notion de propagande comme outil critique dans le contexte des luttes diffuses des idéologiques actuelles ? Peut-on penser l’idéologie en architecture au-delà de l’esthétisation de la politique et de la politisation de l’art ?

 

Contenu

 

La notion de propagande possède souvent un sens péjoratif selon lequel elle correspondrait à une stratégie hégémonique qui incarne et légitime l’existence d’une idéologie dominante imposant une vision totalisante de la société. On peut nuancer ce sens en considérant d’une part les aspects positifs de la propagande, quand elle incarne la ferveur et l’engagement, et d’autre part parce qu’elle ne relève pas uniquement de manipulations et de stratégies déterministes, mais également de pratiques créatrices diverses et conflictuelles.

 

Les différentes formes de propagande sont donc bien plus que des pratiques imposées qui n’occuperaient nos esprits qu’en surface et qui seraient dès lors faciles à circonscrire et à dépasser. Elles peuvent comporter des constructions artistiques complexes, multiples, qui se modifient sans cesse en incorporant des idées nouvelles.

 

Il existe d’ailleurs certaines périodes clés de l’histoire sociale où la oraison de formes de propagande diverses est le signe d’une vivacité créative et d’une effervescence politique. Ces périodes – les quelques années avant et après la Révolution d’Octobre en Russie, l’Allemagne de Weimar, l’Italie préfasciste ... –, incarnent la constitution d’une condition démocratique où les différentes couches de la société fabriquent leurs moyens d’expression.

 

Pouvant être au départ le mode d’autoreprésentation de minorités oppressées, par son essence, la propagande tend à toucher le plus grand nombre et donc à engendrer une majorité dominante. Il serait ainsi possible de partir d’une analyse de l’évolution des formes de propagande, depuis leurs formes expérimentales et embryonnaires à visée éphémère, vers des modes d’expression architecturés, monumentales et permanentes.

 

L’intensif engagera les étudiants dans une démarche de travail visant la conception et l’élaboration d’une affiche de propagande prenant comme matériau d’expression l’architecture. Partant de l’affiche comme la forme graphique de propagande la plus synthétique et claire, l’enseignement vise à interroger les liens qui se tissent dans le processus de conception entre un discours idéologique donné, sa simplification communicative sous la forme d’un slogan, la composition graphique et la représentation architecturale. Dans ce contexte, l’enseignement permettra de questionner les différentes modalités d’engagement de l’image architecturale dans la propagande idéologique : en tant que forme symbolique, en tant que décor pour un événement politique ou un lieu de rassemblement, en tant que discours sur les techniques de production, et plus généralement, en tant qu’organisation des rapports sociaux.

Méthode

 

L’enseignement s’engagera dans cette démarche de fabrication d’une affiche de propagande, en partant d’un ensemble de « matériaux » donnés par les enseignants.

Au commencement, les étudiants seront amenés à entamer un travail intensif de recherche théorique et graphique autour d’une idéologie et d’un projet d’architecture. Cette première étape du travail aboutira sous la forme d’un dossier d’images, de slogans et de croquis, permettant d’esquisser des hypothèses pour l’affiche finale.

Dans un second temps, les étudiants produiront une maquette du projet architectural donné, faisant le choix de représenter l’ensemble ou une partie en anticipation de l’image qu’ils voudraient en faire. Cette maquette leur permettra de prendre des vues qui constitueront la base pour le travail graphique sur l’affiche.

Dans un troisième temps, les étudiants seront engagés dans un travail de fabrication de l’affiche à proprement parler. Le format de l’affiche est fixé pour l’ensemble des étudiants à une format A2 portrait. Ce travail passera nécessairement par différentes techniques de traitement numérique de l’image, ainsi que par un travail approfondi de mise en page et de composition graphique.

L’intensif aboutira par une exposition collective de l’ensemble des af ches et des maquettes qui pourrait être ouverte à l’ensemble de l’école. Les enseignants ont pour ambition de réunir l’ensemble des travaux dans une petite publication destinée aux étudiants.