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1/10

COLD

2002/Projet pour une salle de concert

 

Can Onaner

Localisation Paris, France

Projet 2002

Nous avons voulu concevoir une architecture à partir de l’univers musical de The Cure, groupe “pop” des années quatre-vingts. Cette architecture doit être autant une salle de concert pour accueillir le groupe, qu’un monument construit à son égard. Il est question d’étudier l’imaginaire particulier qui peut être véhiculé par cette musique, le mouvement de masse qui en découle et de concevoir la spatialité à partir de ce mouvement.

 

Le froid

Le froid est l’élément majeur de cette musique. Il apparaît comme une catastrophe glaciaire qui fige le mouvement et interdit la sensualité. Il agit comme un coup de fouet nécessaire pour tendre vers l’idéal suprasensuel qui motive cet univers.
Le bâtiment lui-même est conçu comme une matière organique ayant subi un gel puis des craquèlements, avant de se retrouver hors d’échelle, gisant immobile sur le sol de la ville en plein mouvement. L’architecture est pensée comme un objet autonome et monumental qui doit figer ce mouvement, contester le bien-fondé de la réalité extérieure pour proposer un univers propre à l’intérieur.

 

Etre sous terre ou être suspendu

Creuser dans le sol et se suspendre dans les airs sont les deux sensations qui émanent de l’univers musical de The Cure. La salle de concert réalise ces sensations en désolidarisant les gradins de la scène et en enfonçant le parterre dans le sol. Les gradins se multiplient en trois afin de se différencier dans leurs tailles, leurs hauteurs et leurs orientations. Le parterre s’étale horizontalement en creusant dans le sol. Les gradins et le parterre se rejoignent à travers des escaliers qui deviennent des espaces à eux seuls. Le spectacle se vit en mouvement, depuis l’entrée dans la salle, le parcours des différents espaces creusés dans le sol, l’ascension spectaculaire à travers les escaliers, la découverte de la dalle supérieure qui ramène vers les gradins et ouvre vers la scène et le parterre, puis la sortie vers la terrasse qui reconduit au parterre.

 

L’organique et le Technologique

La musique de The Cure, à travers ses références aux univers romantique et gothique du XIX siècle, élabore un rituel qui réactualise une peur ancestrale face à la nature : la fonte et le gel, la suspension dans l’air et l’enfoncement dans le sol ou dans l’eau, sont autant des représentations de la catastrophe naturelle fantasmée par l’homme que la prise de conscience de l’entropie dans laquelle il s’inscrit. Ce romantisme masochiste face au « beau naturel » s’exprime pourtant à travers la froideur de la nouvelle technologie : c’est à travers les instruments les plus contemporains que la musique réactualise l’ère de glace ancestrale qu’elle fantasme. Ainsi la musique propose une double histoire, développe l’identité musicale dans le plus actuel et le plus ancien, à la fois technologique et organique : une temporalité dialectique où s’expriment simultanément la nostalgie d’une animalité à jamais perdue et l’anticipation d’une humanité profane qui s’accomplit à travers la technologie la plus froide et la plus sévère.

L’objet architectural se doit de matérialiser ce double aspect, à la fois technologique et organique de la musique : ainsi une gigantesque plateforme suspendue au-dessus du sol, artéfact technologique hors d’échelle, plonge par endroit, s’enfonce dans le sol en se tordant de tous les côtés. La plateforme est en partie soutenue par un squelette fragile comme si la superstructure censée la porter s’était désintégrée de l’intérieur. A l’intériorité labyrinthique, maternelle et organique correspond un extérieur pyramidal, viril et technologique. Mais cette pyramide est trouée de l’intérieur, des fissures font craqueler la surface rigide pour donner à voir la copule qui agit à l’intérieur.

 

Le Curist

Bien plus qu’un simple “fan” en adoration devant son idole, le curist incarne le groupe et sa musique pour les représenter à l’extérieur. Il n’est plus question d’une relation couplée entre le musicien et le spectateur mais d’un rapport à trois entre l’idole, le curist et le spectateur extérieur. Dans ce rapport triplé les statuts de l’acteur et du spectateur se déplacent : le curist est tantôt spectateur, tantôt acteur. Il devient difficile dans ce cas de savoir si c’est l’idole ou le curist qui occupe la scène du spectacle.

C’est en prenant en compte cette ambivalence du spectateur et de l’acteur que nous avons pensé l’organisation de la salle : le positionnement de la scène devient ambigu : elle n’est pas centrale et elle ne peut être repérable comme telle dès l’accès dans la salle. Elle peut même sortir en dehors du champ de vue de la salle pour laisser les curists incarner le spectacle et la mettre en scène pour le dehors. Afin de répondre à ce besoin d’exhibitionnisme du curist, le spectacle est donné à voir à l’extérieur pour tout spectateur qui tourne autour du bâtiment.

C’est alors tout le bâtiment qui participe de ce spectacle : l’architecture elle-même est le spectacle. L’objet architectural incarne l’univers musical de The Cure de la même manière que le curist incarne son idole. Plus qu’une salle de concert, plus qu’un bâtiment répondant à une signification fonctionnelle, l’architecture est ici un monument à l’effigie de The Cure : elle crée le spectacle et engendre une émotion propre à l’architecture à travers les espaces qu’elle génère et les formes qu’elle donne à voir.